Poupées d'argile

Affiche Poupées d'argile
Réalisé par Nouri Bouzid
Pays de production France, Maroc, Tunisie
Année 2002
Durée
Genre Drame
Distributeur Colifilms Diffusion
Acteurs Hend Sabri, Ahmed Hafiane, Lotfi Abdelli, Oumeyma Ben Afsia, Helmi Dridi
N° cinéfeuilles 456
Bande annonce

Critique

"Cette œuvre magnifique s'engage aux côtés des plus petits, dénonçant avec un art cinématographique en pleine maturité, une réalité tunisienne à la fois profondément enracinée et largement universelle: l'exploitation des enfants.

Au bled, les familles confient leurs jeunes filles à Omrane, un ancien employé de maison. Il les emmène à Tunis pour y travailler comme ""bonnes à tout faire"". La petite Feddha n'a que 9 ans. Très vite, elle se rend compte qu'elle n'arrive pas à s'adapter à sa nouvelle condition, celle de petite esclave, dans une famille où se meurt le vieux Baba Jaafar, personnage douteux qui a violenté Omrane lorsque, très jeune, il avait lui aussi été placé dans cette famille. Intervient un troisième personnage, Rebeh, la belle adolescente, qui se rebelle en s'enfuyant de sa famille ""protectrice"". Enceinte, elle rêve d'un avenir meilleur en Europe ou mariée à un riche oriental. Cette fugue déclenche des réactions en chaîne: Omrane est soudain rongé par les remords, tiraillé entre les règles traditionnelles et son attirance pour Rebeh, entre les emprises de l'alcool et sa soif de liberté. Aura-t-il assez de force pour se forger une vie nouvelle? Pourra-t-il sauver la petite Feddha? Acceptera-t-il les avances ambiguës de Rebeh?

Avec une grande maîtrise formelle, le film suggère plus qu'il ne dit, crée des atmosphères et non des situations, interpelle sans donner de solutions toutes faites. Le recours au discours est rare. Ainsi, Feddha parle à travers ses poupées d'argile. Au bled, elle parvenait à les confectionner avec beaucoup d'habileté; en ville, on lui prend sa terre. Miroirs du profond désespoir dans lequel elle se trouve, les figurines sont défaites. Avec la terre malaxée, la fillette se badigeonne le corps.

Nouri Bouzid ne parle qu'avec la magie des images, utilisant les décors particuliers - l'oppressante maison du vieux Jaafar, le vent sur une terrasse, l'atmosphère étourdissante d'un vieux bistrot - et s'appuyant sur une mise en scène parfaite. A noter la stupéfiante prestation de la petite Oumeyma Ben Hafsia (Feddha) à qui le cinéaste confie - chose rare au cinéma - un rôle principal au plein sens du terme. Son interprétation confère à l'œuvre son caractère particulièrement bouleversant.

Loin de tout moralisme, de tout discours doctrinal, Nouri Bouzid laisse au spectateur le soin de s'expliquer les choses. Restant au niveau de l'émotion, il explore la solitude de ses personnages qu'il place habilement au cœur de plusieurs écartèlements: entre l'ancien et le moderne, entre la richesse et la pauvreté, entre la terre et la ville, entre l'oppression patriarcale et l'émancipation féminine. Tout cela mis en tension donne une œuvre majestueuse et engagée. Ouverte sur la vie, elle est remise dans les mains du spectateur qui est comme chargé d'en imaginer, d'en espérer les issues optimistes.





Nouri Bouzid



Nouri Bouzid est né à Sfax en 1945. Il achève ses études à l'INSAS en Belgique en 1972. En désaccord avec le régime tunisien d'alors, il est privé de liberté sitôt rentré au pays et empêché de travailler durant plusieurs années. Au début des années 80, il réalise L'HOMME DE CENDRES. En plus de son activité de réalisateur, Nouri Bouzid collabore à l'écriture de nombreux succès du cinéma tunisien comme HALFAOUINE, de Férid Boughedir, LES SILENCES DU PALAIS ou LA SAISON DES HOMMES de Moufida Tlatli. Il est également l'auteur de LES SABOTS D'OR (1989), BEZNESS (1993) et BENT FAMILIA (1998)."

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