All or Nothing

Affiche All or Nothing
Réalisé par Mike Leigh
Pays de production Grande-Bretagne, France
Année 2002
Durée
Musique Andrew Dickinson
Genre Comédie dramatique
Distributeur Bac Films
Acteurs Timothy Spall, Lesley Manville, Marion Bailey, Alison Garland, James Corden
N° cinéfeuilles 438
Bande annonce

Critique

A 60 ans, Mike Leigh est l'un des réalisateurs emblématiques (on pense aussi à Ken Loach) du cinéma social et engagé d'Angleterre. Réquisitoires, constats sociaux critiques ou douloureuses révélations familiales (Secrets et mensonges, Palme d'Or en 1996), le réalisateur n'a de cesse de peaufiner le portrait de la working class anglaise.

Rien ne va plus dans la famille de Phil et Penny (Timothy Spall et Lesley Manville, tous deux remarquables). Usé par le temps et le boulot, leur couple (lui est chauffeur de taxi, elle caissière dans un supermarché) bat de l'aile et la barque conjugale part à la dérive. Avec en plus un fils obèse au chômage, une voisine alcoolique, des ados en pleine crise dans le quartier, ce n'est pas la grande joie dans l'immeuble. A la suite d'un événement tragique les sentiments vont toutefois refaire surface. Le bout du tunnel, si l'on peut dire, n'est peut-être pas si loin.

Un beau film. On retrouve dans All or Nothing toutes les qualités de Mike Leigh: réalisme précis du constat, sensibilité extrême du regard, finesse du jeu des acteurs - on hésite à utiliser ce mot, tant le naturel l'emporte - émotion subtilement distillée et maîtrisée, séquences d'un équilibre parfait, tout le film est ciselé de main de maître. Mike Leigh possède cette qualité rare de savoir exprimer des choses d'importance universelle, et cela avec de petites et subtiles touches d'humour qui n'apparaissent jamais en porte-à-faux. Du tout grand art.

Antoine Rochat


Mike Leigh n'a pas choisi de plaire, mais de montrer. Après une étape dans l'opérette anglaise, avec un délicieux TOPSY-TURVY, il retrouve les milieux sinistrés de Naked et de Secrets et mensonges.

L'histoire de son dernier film se déroule dans une banlieue sans âme. Une série de personnages y vivotent noyés dans la routine des difficultés. Il y a d'abord la famille de Phil (Timothy Spall), chauffeur de taxi. Sa femme Penny (Lesley Manville) travaille dans une supérette. Ils ont deux enfants, adolescents obèses, Rachel fait le ménage dans un établissement médico-social, Rory est au chômage et compense ses malheurs par la nourriture et la télévision. Le salaire rapporté par les uns et les autres suffit tout juste à nouer les deux bouts.

Dans les appartements voisins, l'horizon est tout aussi restreint: une femme alcoolique, une jeune fille allumeuse et vulgaire, une autre amoureuse et enceinte d'une petite frappe... Chacun se résigne à sa misère, accroché aux rails de la routine. On pense à cette phrase de Ramuz: "Ce n'est pas la petitesse qui fait la passivité, c'est la passivité qui fait la petitesse". Il y a tout de même Maureen (Ruth Sheen), beau caractère qui jour après jour prend le taureau par les cornes et s'en tire avec humour. Elle est, discrètement, l'un des fils rouges du film, sa façon de réagir montre dès le début que rien n'est jamais perdu. L'autre fil rouge, c'est Phil, qui voit se désagréger son couple, la seule lumière de sa vie. La crise cardiaque qui terrasse son fils va lui permettre de faire le point.

Voilà ce que montre Mike Leigh, aidé par des acteurs formidables. A première vue, ce n'est pas très joyeux. Il faut aller derrière le premier plan, observer les petites touches de couleur posées ici et là pour y trouver la grâce d'un film magnifique. Au-delà des apparences (mauvais goût, hargne, boulimie, vulgarité), les sentiments sont forts, l'empathie existe, la remise en question aussi. Elles affleurent dans les séquences les plus simples. On voit Phil conduire au cimetière un vieil homme encombré d'un bouquet, Phil le suit du regard au milieu des tombes: rien d'autre que l'image et le silence, mais une telle force dans ce non-dit... Dans le rôle du chauffeur de taxi, Timothy Spall est remarquable.

Quand on n'a pas grand-chose, la qualité de la relation se voit mieux. C'est la relation avant tout que le réalisateur met en scène, la montrant d'abord étiolée comme un pétale sous le gel, mais qui se revigore au fil des événements et finit par gagner. Mike Leigh la fait ressortir avec une remarquable subtilité, par un échange de regard, par un silence, par une expression. Il donne l'impression d'aimer ses personnages comme des frères. L'espoir revenu, Phil se rase et se lave les cheveux. La banlieue sordide retrouve son âme.

Geneviève Praplan

Ancien membre

Appréciations

Nom Notes
Antoine Rochat 18
Geneviève Praplan 20
Georges Blanc 18
Daniel Grivel 17
Ancien membre 15