Intervention divine

Affiche Intervention divine
Réalisé par Elia Suleiman
Pays de production Palestine, France, Maroc, Allemagne
Année 2002
Durée
Genre Drame, Romance, Guerre
Acteurs Elia Suleiman, Manal Khader, Nayef Fahoum Daher, David Belle, George Ibrahim
N° cinéfeuilles 438
Bande annonce

Critique

"Le cinéaste palestinien Elia Suleiman pose son regard sur le conflit israélo-arabe. Une chronique satirique intelligente, pleine d'humour, sur un sujet brûlant. Un ton original et une heureuse surprise.

Sous-titré ""Chronique d'amour et de douleur"" INTERVENTION DIVINE est un film qui ne ressemble à aucun autre, qui a quelque chose d'unique, tant dans sa forme que dans son propos. Le cinéaste palestinien parle du conflit israélo-arabe en portant sur lui un regard distancié, sans militantisme et sans manichéisme simplificateur.

Une journée comme une autre à Nazareth, une petite ville en apparence calme. Juifs et Arabes mènent leur vie quotidienne sans trop d'anicroches. Il y a bien celui qui jette ses ordures dans le jardin du voisin, celui qui dévisse la plaque d'immatriculation d'une voiture, celui qui sabote inlassablement les réparations quotidiennes faites sur la route qui mène chez lui (comme ça, les voitures ne passeront pas), il y a ceux que l'on voit s'insulter (sans les entendre) au volant de leurs voitures, mais rien de tout cela n'est très grave, tout au plus s'agit-il d'accrochages bénins ou de petits gestes désagréables. Tous ces incidents le cinéaste nous les présente d'ailleurs avec le sourire et beaucoup d'humour. La ville a beau être occupée, l'atmosphère paraît bon enfant.

Il y a pourtant des complications dans l'existence de quelques personnes. Un habitant de Jérusalem (Elia Suleiman) est amoureux d'une Palestinienne (Manal Khader). Le seul endroit où ils peuvent se rencontrer se situe entre Ramallah et la Ville sainte, sur le parking désert du check point qui sépare les deux villes. Une vie sentimentale réduite à deux mains qui s'étreignent furtivement dans une voiture, à deux visages qui esquissent un sourire, comme en cachette, en évitant d'attirer l'attention des soldats du Tsahal.

Au milieu de toutes ces images s'installe néanmoins un sentiment d'absurdité, de tension grandissante, tandis que le film glisse par moments vers le burlesque, puis l'onirisme et le surnaturel. Les deux amants rêvent d'une Ninja palestinienne qui règle ses comptes avec les Israéliens, d'un noyau d'abricot qui se prend pour une grenade antichar, d'un ballon rouge à l'effigie d'Arafat qui s'en va planer dans l'atmosphère, narguant les frontières. S'agit-il là peut-être d'une intervention divine? Le film reste tout de même politique, mais le politique s'exprime ici beaucoup plus par l'absurde que par la présence d'une force militaire israélienne, dont la violence d'intervention ne nous sera pourtant pas cachée. Les petites guerres de voisinage remplacent les attentats sanglants, et le cinéaste joue bien davantage sur la symbolique que sur le réalisme d'une situation de crise.

S'agissant des relations israélo-arabes on aurait pu s'attendre, de la part d'un cinéaste palestinien, à une prise de position sur le conflit (on se rappelle peut-être le très beau film d'un autre réalisateur palestinien - Michel Khleifi - NOCE EN GALILÉE, une oeuvre plus engagée). Suleiman ne le fait pas explicitement, mais comme en sous-main, sans images de guerre (sinon rêvées), sans idée de plaidoyer, sans discours partisan. On pourrait s'étonner qu'il tente parfois, sur un sujet pareil, de nous faire rire. Mais il s'agit d'un rire qui restera toujours jaune, comme en travers de notre gorge. Suleiman, sans en avoir l'air, construit ses scènes burlesques (on pense souvent à Tati) de manière à susciter la réflexion, à rappeler ainsi l'existence toute proche d'affrontements violents, avec leurs cortèges de déchirements et de tragédies.

Dans la dernière scène du film une mère et son fils sont assis devant une cocotte-minute qui siffle dangereusement. Le feu est-il éteint? Alors pourquoi cette marmite continue-t-elle à siffler? N'y a-t-il personne pour intervenir? L'image, hélas, se passe de commentaire."

Antoine Rochat