O Brother, where art thou?

Affiche O Brother, where art thou?
Réalisé par Joël Cohen
Pays de production U.S.A., France, Grande-Bretagne
Année 2000
Durée
Musique Carter Burwell, T-Bone Burnett, Chris Thomas King
Genre Comédie, Aventure
Distributeur Bac Films
Acteurs John Turturro, John Goodman, George Clooney, Tim Blake Nelson, Wayne Duvall
N° cinéfeuilles 394
Bande annonce

Critique

Avec O BROTHER, WHERE ART THOU?, Joël Cohen nous emmène dans le Mississippi profond des années 30, pendant la grande dépression.

Trois prisonniers enchaînés s'évadent du bagne et s'embarquent dans l'aventure de leur vie pour retrouver liberté et maison. N'ayant rien à perdre et toujours unis par leurs chaînes et un joyeux optimisme, ils entreprennent un voyage semé d'embûches et de surprises... Adaptation très libre de l'Odyssée d'Homère, le film est une brillante comédie qui, au-delà de quelques allusions au Cyclope et à Pénélope, permet de traverser, en divertissante compagnie, le Deep South des USA. La musique (bluegrass de l'époque) est un élément essentiel du film qui accompagne les aventures débridées du trio en cavale, qu'on soit embarqué chez les Baptistes ou le Klu-Klux-Klan, dans des meetings électoraux douteux ou chez les sirènes d'Homère. Joël Cohen et son frère scénariste ont même réussi à donner profondeur et émotion à leur road movie, d'une façon imprévisible et fantasque, avec cet humour décapant et inimitable qu'on leur connaît. Un succès assuré.



Antoine Rochat





Mais où est passé Ethan Cohen? Pas très loin, tout simplement dans les rôles de producteur et de scénariste, pour un film de la même veine que les précédents, faisant se télescoper comme d'habitude co­mique et sujets sérieux. Pour l'occasion, c'est Homère et son Odyssée revus et corrigés par les deux frères.

Trois taulards, Everett, Pete et Delmar (George Clooney, John Turturro et Tim Blake Nelson) faussent compagnie à leurs gardiens. Everett est Ulysse, la tête pensante du trio. Leur cavale va de rencontres en rencontres, ou plutôt d'épreuves en épreuves: l'incontournable oracle prédisant l'avenir, Circé (qui transforma l'un des compagnons d'Ulysse en pourceau, et ici Pete en crapaud), le Cyclope (John Goodman, borgne pour l'occasion) et bien d'autres. Recyclés par Joël Cohen, ils deviennent les archétypes des maux qui ravagent la cervelle des Américains: les sectes et une crédulité religieuse ramollissante, ou la sottise la plus accomplie, telle que l'incarne le Ku Klux Klan. Au terme de ses pérégrinations, cet Ulysse malheureux, mais pas nécessairement recommandable, toujours soucieux de sa coiffure qu'il lisse à la brillantine, finit par retrouver sa Pénélope, pourvue comme il se doit d'un prétendant et, en plus, d'un sale caractère.

Comme toujours chez Cohen, mise en scène et interprétation sont excellentes. Autre facétie, Clooney n'est pas ici sans rappeler la tête de Clark Gable. Mais O BROTHER WHERE ART THOU? est sans doute moins percutant que ne l'était THE BIG LEBOWSKI, peut-être parce qu'il demande au spectateur de se remettre en mémoire l'oeuvre d'Homère pour être plei­nement savouré, mais aussi parce que, situé dans l'Amérique des années trente, on peut moins s'identifier aux aventures du trio qu'on pouvait le faire dans le film précédent. Leur travail n'est pourtant pas aussi superficiel qu'il y paraît et le comique ne doit pas masquer leur sujet: c'est toujours un type d'homme et ses moeurs qui intéressent les deux cinéastes américains.



Maurice Gonce

Ancien membre