L'édito de Émilie Fradella - Sagesse et vieillesse: une dynamique en déclin ?

Le 13 novembre 2024

Présentée dans la culture populaire comme l’ultime phase du développement personnel, comme l’achèvement d’un parcours intellectuel; la sagesse que l’Histoire et l’éducation se sont évertuées à illustrer sous les traits d’un vieil homme au regard apaisé, affublé d'une barbe blanche, serait-elle en passe de se parjurer ? Notre contemporanéité nous apporte maintes réflexions sur le sujet, à commencer par l’âge des présidents d’une des plus grandes puissances du monde: les États-Unis. Tandis que l’âge médian de la population a bondi de 10 ans en 50 ans: 28,1 ans pour 1970, 38,9 ans en 2022 (Census.gov), l’âge des présidents a quant à lui augmenté de 27,87% passant de 61 ans pour Gerald Ford en 1974 à 78 ans en 2021 avec Joe Biden. Si l’âge semble être synonyme d’expérience politique et de maturité d’un point de vue philosophique, il semblerait également qu’historiquement, les présidents plus âgés ont souvent été élus durant des périodes de crise, voire de désarroi. 

Les électeurs cherchant une figure expérimentée pour naviguer dans l’incertitude, verrait-il un espoir dans la sagesse de l’âge? Rien n’est plus ou moins sûr, lorsqu’on observe en ce jour du mercredi 6 novembre 2024, les résultats des élections présidentielles aux USA: Donald Trump, 78 ans, est annoncé vainqueur. Véritable showman invétéré, créant volontiers la vulgaire polémique pour divertir le peuple et gagner ses faveurs dans un style éhonté, cette tendance au grand spectacle à l’américaine semble infiniment illimitée, grossièrement imposée à la population par des financements astronomiques. Il est intéressant d’observer que cette tendance au sur-divertissement se reflète également dans l’industrie des médias, dont le cinéma fait partie intégrante ou en fait également les frais (on ne saurait trancher). Sur la période 2023-2024, la catégorie des réalisateurs seniors - de plus de 65 ans - a explosé sur grands écrans, avec en tête de file Clint Eastwood (94 ans) avec Juré n°2, dont nous parlons dans ce numéro et qui est dans les salles de cinéma actuellement. Citons également Francis Ford Coppola (85 ans) ayant dévoilé Megalopolis lors du Festival de Cannes 2024, divisant les avis de notre rédaction (CF n. 930). L’année dernière, c’était Martin Scorsese (81 ans) qui se faisait remarquer avec Killers Of The Flower Moon (CF n. 909) et Roman Polanski (91 ans) avec The Palace (que notre rédaction a oublié) dans cette constellation tumultueuse, aucun n’innove et tous recyclent des recettes qui ont fait bénéfices, au détriment d’une nouvelle génération qui s’asphyxie. Mais n’est-ce pas le propre de la sagesse de passer le flambeau avec dignité plutôt que d’user le système ?

Émilie Fradella