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L'édito de Antoine Rochat - Numérique, effets spéciaux et réalité

Le 21 juin 2018

L’omniprésence du numérique dans les films de fiction n’est plus à démontrer: scènes d’action avec des figurants virtuels humanisés ou extravagants, décors incroyables, le numérique est là, et cela depuis des années : Star Wars (1977) a peut-être marqué le début d’une nouvelle ère cinématographique.

Si par le passé certaines séquences spectaculaires s’accompagnaient de truquages, aujourd’hui on fait appel au numérique et aux images de synthèse. Une technologie cinématographique qui a ses avantages et ses inconvénients. Si certaines scènes acrobatiques ou vertigineuses ont fait le succès de la série Fast and Furious, d’autres pèchent parfois par excès. Et si, dans les westerns du passé, l’arrivée d’une cinquantaine de cavaliers avait son charme, aujourd’hui on peut, dit-on, doubler ou tripler la mise à l’aide d’un simple bouton… Le spectateur peut-il par conséquent éprouver le même plaisir, face à une scène spectaculaire créée virtuellement, qui n’implique aucune performance physique ou prouesse technique devant la caméra? Le doute quant à l’authenticité de ce qui est donné à voir ne nuit-il pas à son caractère proprement divertissant?

Il ne s’agit pas bien sûr de reprocher aux cinéastes de recourir aux moyens numériques qui sont à leur disposition. Il serait sot de regretter un ancien cinéma antérieur à leur avènement, même si leur potentialité peut effrayer: « Bientôt un acteur vendra un hologramme en 3D de sa silhouette (…) et les cinéastes pourront ainsi vous utiliser à leur guise. Les gens chez eux regarderont un film et ils pourront à loisir remplacer les acteurs et les décors à l’écran » (Arnold Vosloo, L’Ecran fantastique, No 187, juillet 1999). Si cette vision alarmante fait singulièrement écho au Congrès d’Ari Folman (2013), ces utilisations possibles du numérique semblent relever pour le moment de la science-fiction, mais on peut toutefois se demander si elles n’impliquent pas une autre conception du cinéma.

Antoine Rochat