Le Petit Entretien : Anaïs Volpé et Souheila Yacoub

Le 01 mai 2022

Après des études au Théâtre national de la Colline à Paris, Anaïs Volpé rentre dans le monde du cinéma en tant qu’actrice. En 2012, elle apprend en autodidacte le montage et la réalisation. Elle réalise trois mini-films dont Lettre à ma sœur tourné sur iPhone qui sera acheté et diffusé par la chaîne de télévision France 3. Son premier long, Heis (Chroniques), issu d’un travail mélangeant divers supports médiatiques du même nom, remporte un joli succès critique et lui permet de trouver de quoi réaliser Entre les vagues, en sélection officielle à la Quinzaine des réalisateurs.


Souheila Yacoub a grandi à Genève où elle devient gymnaste professionnelle à 12 ans. Mais c’est le cinéma qui la retiendra vraiment et la fera rejoindre Paris pour suivre les Cours Florent. Elle enchaîne rapidement des rôles au cinéma avec Les Affamés de Léa Frédeval, Climax de Gaspar Noé, Le Sel des larmes de Philippe Garrel, ainsi que dans les séries Les Sauvages sur Canal+ et No Man’s Land sur Arte, faisant d’elle un des nouveaux visages du cinéma français.


Anaïs et Souheila, comment vous êtes-vous rencontrées?

Anaïs – Souheila et moi nous sommes rencontrées en 2019. À l’époque j’avais eu un coup de cœur sur Souheila en regardant une de ses interviews au sujet d’un autre projet. Je lui ai écrit en privé sur instagram, on a pris un café et le feeling est super bien passé entre nous. Je lui ai fait passer le casting pour les deux rôles principaux, celui d’Alma et Margot.

Souheila – Quand j’ai rencontré Anaïs la première fois au sujet du film Entre les vagues, j’ai tellement cru en elle sur le plan humain que j’avais même pas lu le scénario! Je l’ai lu après coup bien sûr et alors là, ce fut un coup de cœur énorme. Et pour reprendre d’ailleurs ce que dit Anaïs, quand elle me parlait du projet, je m’imaginais automatiquement dans le rôle d’Alma. Et puis Déborah [Lukumuena] est arrivée et ce rôle s’est imposé à elle tout naturellement.


D’ailleurs il y a une telle complicité entre Alma et Margot que l’on a de la peine à croire qu’elle ne soit pas la même hors du tournage!

Anaïs – Je peux vous dire que Déborah et Souheila ont une discipline hors norme, elles sont passionnées dans leur travail et cela devient rare de nos jours. Elles se sont rencontrées en amont du tournage pour travailler intensément, et je suis contente que cela se ressente dans le montage final.

Souheila – Le fait que le tournage n’ait duré que 20 jours a aussi grandement participé à la spontanéité! Mais cette spontanéité, cette urgence étaient très demandantes par ailleurs. D’ailleurs le tournage a eu lieu précisément entre les deux confinements en France. Il y avait un côté à la fois soulagé mais encore tendu dans les rues. On sentait le couvre-feu nous pendre au nez et du coup les espaces publics, surtout intérieurs, étaient bondés. Ajoutez à cela que c’était mon premier rôle en tant que protagoniste, et je me retrouvais vraiment lessivée en fin de journée! J’avais besoin de décompresser.

Anaïs – En outre, il fallait faire attention à ne pas filmer par erreur des passants avec des masques en arrière-plan! Plus jamais je ne tourne de films dans ces conditions (rires).


Vous parlez de spontanéité, et j’ai envie de dire que le grain digital aux allures de film tourné en 16 mm y participe aussi.

Anaïs – C’est voulu en effet! Je suis une geek quand il s’agit de l’aspect technologique du cinéma. Je n’ai jamais aimé l’ultra-haute définition, son côté chirurgical et lisse. Je préfère la rondeur de l’analogique, même s’il est artificiel. Et c’est le cas pour ce film, que je tenais absolument à tourner avec le Digital Bolex, une caméra très rare créée par des Américains et dont la production s’est arrêtée en 2016. C’est en regardant le travail de Sean Price Williams pour les films des frères Safdie que je suis tombée sous le charme de cette caméra - et de ce directeur de la photographie! On a donc travaillé ensemble, Sean et moi, ainsi qu’un spécialiste de la Digital Bolex qui vit à Los Angeles, pour obtenir ce grain 16 mm, un grain qui est pourtant totalement digital…

Souheila – Mais d’ailleurs, cette caméra demandait aussi à ce que Sean soit tout le temps très près de nous, de nos visages pour les filmer. Et paradoxalement, cela nous permettait de complètement nous oublier dans notre jeu d’actrices et de parvenir à cette «spontanéité».


Propos recueillis par Anthony Bekirov


Entre les vagues passe  au CityClub de Pully jusqu'à fin avril.