L'édito de Émilie Fradella - Faites vos jeux, rien ne va plus!

Le 11 décembre 2024

Comme annoncé dans notre précédent édito, ce numéro signe la dernière parution bimensuelle de Ciné-Feuilles, clôturant une belle et riche année 2024. Cette période, modérément faste pour les salles obscures internationales, a été marquée par les suites attendues de Dune: Deuxième partie de Denis Villeneuve (CF n. 918) et Furiosa: Une saga Mad Max de George Miller (CF n. 923), accompagnés de quelques surprises, dont nous vous parlerons via notre Top 2024 en janvier prochain.

Contre toute attente, c’est un film d’animation qui domine le box-office: Vice-Versa 2, 29e long métrage des studios Pixar, distribué par Disney, avec 1,462 milliard de dollars de recettes. Ce succès renforce Pixar et Disney comme piliers du divertissement jeunesse depuis Toy Story (1995), grâce à leur partenariat historique et au rôle clé de Steve Jobs jusqu’à la vente de Pixar en 2006. Ce qui a également eu pour effet de formater le divertissement jeunesse, depuis quasiment 29 ans.

Cependant, d’autres scènes existent. Sauvages de Claude Barras (CF n. 930), avec 122'046 entrées en francophonie depuis octobre, illustre une percée modeste, mais honorable. Notre rédaction a d’ailleurs interviewé le réalisateur à l’occasion de ce numéro.

Le cinéma en 2024 témoigne en l’occurrence d’une vitalité indéniable, portée par de grands studios qui captivent le public comme une dépendance au sucre raffiné. Les productions plus modestes se diversifient, alimentant la synergie entre sorties en salles et plateformes de streaming, mais restent timides. Avec un marché mondial évalué à 33,9 milliards de dollars en 2023 (source: Gower Street Analytics), le cinéma n’a jamais été aussi complexe et profitable. Pourtant, les subventions institutionnelles garantes de la diversité culturelle peinent parfois à suivre l’inflation au niveau européen, alors que certains pays réduisent leurs financements, laissant place à des logiques libérales beaucoup moins propices aux productions alternatives. Cependant, l’avènement des schémas commerciaux au détriment des soutiens institutionnels crée une nouvelle dynamique. Cette évolution entraîne une perte d’indépendance des œuvres cinématographiques, de plus en plus influencées par le marketing, corroborée par les impératifs d’audience. Cette tendance dessine un futur où le cinéma deviendrait un «supermarché» culturel, façonné par la consommation de masse, au prix de la diversité et d’une liberté d’expression bridée par les exigences des financiers.

Émilie Fradella