L'édito de Émilie Fradella - Au nord, la rigueur tient sa boussole
Le 21 août 2025
Au nord, la rigueur tient sa boussole
Dans le tumulte des coupes budgétaires culturelles, où la plupart des politiques sabrent les fonds alloués au 7e art, comme certains sabrent le champagne sur un yacht, la Scandinavie, quant à elle, fait figure de généreuse mécène. On parle volontiers de «la vague nordique» pour désigner l’aura croissante émanant du cinéma danois, norvégien, suédois et finlandais. Et comme toute vague, celle-ci est stimulée par un courant invisible: le Nordisk Film & TV Fund. Né à Oslo en 1990, financé par le Conseil des ministres, les institutions nationales et les diffuseurs régionaux, son objectif clair et ambitieux n’a pas changé: renforcer la coopération nordique pour faire rayonner ses œuvres dans le monde entier.
Notons, religieusement, qu’entre 2015 et 2025, le fonds a augmenté son enveloppe de 75% (source: norden.org). Parmi les films soutenus, on se rappellera de Force majeure (2014) de Ruben Östlund, The Square (2017), Palme d’or à Cannes l’année de sa sortie, Drunk (2021) de Thomas Vinterberg, auréolé d’un Oscar, ou encore Sans filtre d’Östlund, Palme d’or 2022.
Continuons d’énumérer le catalogue avec Les Feuilles mortes d’Aki Kaurismäki, Prix du Jury cannois 2023, et complétons le palmarès avec quatre films sortis en salle ce mois-ci: Valeur sentimentale de Joachim Trier, décoré du Grand Prix au Festival de Cannes 2025, ainsi que La Trilogie d'Oslo écrite et réalisée par Dag Johan Haugerud, dont Rêves remporta l’Ours d’or de la Berlinale cette année.
Quatre films, quatre visions d’Oslo qui partagent la même grammaire: un ancrage urbain précis, une narration lancinante et fragmentée, un réalisme adouci, ainsi qu’une émotion pudiquement tenue. Dans ces conversations entre contemporains, nous lisons un refus de l’étalage, des justesses sentimentales signant çà et là leurs empreintes dans le classicisme nordique d’aujourd’hui. Certes, le talent éclaire ces propos cinématographiques, mais la politique les orchestre en symphonie.
Émilie Fradella