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critiques de films depuis 1999

Un regard sur le cinéma plein air de l'été lausannois

06 juillet 2017

«Le cinéma en plein air est de retour!» s'enthousiasme Grégoire Junod, syndic de Lausanne, dans la préface du programme des projections en plein air à Montbenon. Destiné àOctobreEisenstein un public varié, les vingt-neuf films sont pour la plupart très actuels (les années 2016 et 2017 sont surreprésentées) - à l'exception d'un petit nombre d'entre eux. Face à l'ampleur de l'événement - le lieu dispose de 1'000 sièges -, la tentation est grande de le considérer, à lui seul, comme le «retour» du cinéma plein air à Lausanne. Pourtant, des Open Air fleurissent également chaque été dans différents parcs lausannois avec, en accès libre, des programmations audacieuses. Au parc Mont-Repos, pour sa treizième édition, le Zinéma propose «dix films qui ébranlèrent le monde 1924-2008». Si les films américains convainquent peu, la sélection de films russes des années vingt a de quoi réjouir. Parmi eux, le célèbre film de Sergueï Eisenstein Octobre, sur la révolution russe de 1917 ou La sixième partie du monde de Dziga Vertov (1926).
Wadjda2Médiatiquement plus discret mais non moins intéressant: les bobines de Valency, avec une sélection de quatre films qui ont pour protagonistes des enfants. Ainsi, les plus jeunes auront l'occasion de découvrir le touchant Wadjda (Haifaa Al-Mansour, 2012), sur une petite fille en Arabie saoudite à qui l’on interdit de monter à vélo, activité prétendument réservée aux hommes. Conjointement aux séances cinématographiques, l'association organise des ateliers autour du cinéma spécifiquement destinés aux enfants: ceux-ci auront notamment la possibilité d'écrire des critiques de films, ou encore de jouer devant une caméra.

Mentionnons enfin les toiles de Milan qui, pour leur première édition, ont sélectionné cinq œuvres récentes, n’ayant parfois pas trouvé deSwissArmyMan2 distributeur en Suisse. C'est le cas de Swiss Army Man (Daniel Scheinert et Dan Kwan, 2016) primé trois fois au NIFFF l'année passée, et Aloys (2016), également sélectionné au NIFFF et au festival de Locarno. Ce surprenant film du réalisateur suisse Tobias Nölle, raconte sous un mode onirique la progressive ouverture d'un détective privé à son environnement. Par ailleurs, des courts métrages de réalisateurs de la région précéderont chacune des projections.

Aloys2

Cette rapide confrontation des programmations témoigne-t-elle en définitive d’un fossé se creusant entre plusieurs conceptions du cinéma? D’un côté un dispositif impressionnant, où la vue imprenable sur le Léman se couple à la projection payante de films au succès commercial indiscutable, financé par le groupe d’assurances Allianz ; de l’autre le parc de Milan, où un petit groupe de cinéphiles profitent de l’attrait pour le plein air afin de diffuser gratuitement des œuvres parfois non distribuées, voire inédites, pour ce qui est des courts métrages.

Il ne s’agit pas de trancher en faveur de l’un ou de l’autre, mais bien de rappeler qu’en cet été 2017, le «retour» du plein air à Lausanne se présente d'abord comme l’occasion de profiter d'une offre tout à fait variée d’événements culturels, engageant, par la sélection des œuvres et la modalité de leur diffusion, des visions diverses - mais sans doute complémentaires - du cinéma.

Sabrina Schwob

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