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critiques de films depuis 1999

Echos de la Berlinale 2017

27 février 2017

En début de Festival le directeur Dieter Kosslick  annonçait « Le programme se veut optimiste dans un monde en crise et les films sont portés par les  thèmes  du courage et de l’optimisme et pas dénués d’humour ». Dans l’ensemble les films de la Compétition officielle nous ont offert quelques beaux moments de cinéma. Beaucoup de thèmes se côtoient : difficulté des relations humaines, besoin d’être aimé, solitude, solidarité…

EnyediIldikoLe grand gagnant de ce Festival est le film Teströl és lélekröl  (On Body and Soul)  de Ildiko Enyedi, Hongrie.

Il a reçu la récompense suprême, l’Ours d’or, du Jury International et aussi le prix du Jury œcuménique et du Jury de la presse (Fipresci) Un film étrange, une histoire d’amour originale entre le gérant d’un abattoir et une controlleuse de la qualité des viandes.

Plusieurs niveaux se superposent dans ce film : - la réalité de l’abattoir avec ses scènes  à peine supportables – la solitude due à la difficulté relationnelle surtout physique entre deux êtres qui s’apprécient – et la poésie dans les rêves,  les mêmes rêves qu’ils font et qui les rapprochent : un cerf et une biche flirtant dans une forêt  enneigée. La caméra filme en  gros plans la brutalité faite aux animaux et aussi le rapprochement de deux êtres avec de belles images et de l’humour. Le rêve qui ouvre le film et le clôture nous interpelle sur notre capacité ä vaincre nos peurs, à vivre une vie épanouie et à devenir proche des autres.

Dans la veine de ce film poétique évoquant les difficultés relationnelles je signalerai Helle Nächte  (Bright nights) de Thomas Arslam (Angleterre, Allemagne). Un père part avec son fils au Nord de la Norvège.BrightNights2

Ils ne se connaissent pratiquement pas et vont tenter maladroitement de s’apprivoiser. Un road movie avec d’interminables routes de montagnes désertes et un brouillard inquiétant qui symbolisent la solitude des deux personnages et l’apparente indifférence du fils. Mais lorsque celui-ci crie « je te déteste » cela signifie « tu m’as tant manqué toutes ces années »Un film sobre avec de larges plans séquences, une nature sauvage, de très beaux paysages à l’image de ce qui se passe dans le cœur des hommes : un film pudique, nuancé, attachant.

La solidarité n’était pas oubliée dans ce festival, en particulier dans le nouveau film de Aki Kaurimäki Die andere Seite of Hoffnung (L’autre côté de l’espoir) Finlande. L’année dernière l’Ours d’or et le prix du Jury AutreCoteEspoir1œcuménique avaient été remis à Fuocoammare, documentaire de Franscesco Rosi relatant l’accueil de réfugiés clandestins sur l’Ile de Lampedusa. Kaurismäki, fidèle au thème des réfugiés passe à la fiction et met en scène 2 histoires : Khaled, réfugié arrivé par hasard à Helsinski  et Wilkstrom, un représentant de commerce qui change de vie et rachète un petit restaurant en faillite .Leurs vies se croisent et avec les employés se forme alors une communauté de vie ou chacun trouve sa place, aide l’autre… Kaurismäki réussit l’exploit de raconter un drame avec un humour pince sans rire. C’est fort, c’est réaliste, c’est émouvant. Mais les terribles récits faits par Khaled  de sa fuite de Syrie n’ont ému ni l’administration ni les services sociaux. A ces rejets et indifférences, aux menaces que représentent les cranes rasés et l’extrême droite, le réalisateur éclaire son film par l’amitié, la solidarité, la tendresse et l’humour comme pour nous dire « Et si un autre monde était possible ? » Kaurismäki a remporté plusieurs fois prix et mentions spéciales du Jury œcuménique à Cannes. Pas cette année à Berlin pour ce film aux valeurs humaines très fortes. Il a reçu l’Ours d’argent du Meilleur réalisateur et il a déclaré que ce serait son dernier film. Il a 59 ans ! J’espère bien que son esprit de révolte en même temps que d’amour et d’ouverture envers les autres, spécialement les minorités, le remettront derrière une caméra. Il a encore tant à dire. Nous avons besoin de son cinéma actuel et engagé.

Encore un film sur la solidarité Félicité  de Alain Gomis.  Félicité, chanteuse locale dans un bar à Kinshasa doit trouver de l’argent pour que son fils accidenté puisse être opéré de la jambe. A l’image Felicitedu frigo en panne qui semble repartir mais qui ne marche pas vraiment le film nous dépeint une société très typée et contrastée avec ses espoirs et désillusions, sa solidarité et ses  corruptions. Derrière les chants, la musique endiablée se cachent à la fois une communauté solidaire et une grande solitude chez chacun. Le réalisateur, caméra à l’épaule filme en gros plans  des personnages en mouvement et surtout Félicité. Quelle actrice ! superbe, elle aurait bien mérité le prix d’interprétation. L e film est long, un peu fouillis, mais c’est comme le dit le nom : félicité, une ode à l’espoir, à la vie. Je retiens cette phrase (de mémoire) qui est peut-être un proverbe congolais : « le jour se lève chaque matin mais la nuit n’a ni frère ni sœur, ni père ni mère »

Alors un programme de Festival optimiste ? Pas vraiment dans les sujets abordés qui ne peuvent pas fuir les questions d’actualité souvent tragiques ou les drames de famille… Mais oui dans la manière de traiter ces sujets par un humour très présent dans presque tous les films de la compétition,  humour décalé, déjanté, pince sans rire, sourire, éclats de rires…Jamais les festivaliers n’avaient tant ri, et cela fait du bien et nous permet d’envisager l’avenir plus sereinement.

Problèmes d’actualité, confiance dans l’avenir, une autre manière de dire « Espérance »

Denyse Müller
   

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